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Critique Balada Triste

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Álex de la Iglesia est un personnage rare. Jeune artisan décorateur appliqué, le cinéaste se verra rapidement propulsé par un Pedro Almodovar visionnaire. De la Iglesia cumule alors vingt-cinq petites années au compteur, et accouche au cours de la décennie suivante d’une filmographie massivement acclamée en festival. Expert affuté à la conception d’un cinéma anticonformiste et particulièrement porté sur l’humour noir, le cinéaste reste pourtant volontairement éloigné des feux de la rampe. En témoigne son unique tentative dans le domaine du Thriller aux contours formatés – le pourtant remarquable Crimes à Oxford – et porté par quelques figures reconnues – Elijah Wood, John Hurt –, victime d’un passage éclair et discret sur les écrans Français. Eloigné de l’industrie du septième art suite à sa prise de fonction au sein de l’Académie du Cinéma Espagnol, De la Iglesia marque aujourd’hui retour avec un Balada Triste fracassant. Un métrage coup de poing et furieusement douloureux.

 

 

De la Iglesia mène son art à sa manière. Rien de bien étonnant de la part du réalisateur, qui aura préféré quitter ses fonctions à l’Académie plutôt que de donner son aval à la loi Sinde, déclinaison Ibérique du projet Hadopi. Balada Triste est à son image : taré, furieusement original et quasi-insolent. Centré autour d’une histoire de rivalité entre deux clowns ratés, son dernier projet présente des contours flous, aussi prompt à lorgner vers l’esthétique horrifique que du côté du drame amoureux. Tout le talent du cinéaste fulmine dans une étonnante association d’influences et d’envies prétendues antagonistes, ici étonnamment cohérentes une fois passées à la moulinette de l’artiste Espagnol. Sur le papier, Balada Triste témoigne déjà d’une réelle envie de s’épancher vers la bizarrerie la plus totale. Déjà profondément marqué par les affres de la guerre civile Espagnole, le jeune Javier voit son père mourir sous ses yeux. Quelques années plus tard, ce dernier devient le clown triste d’un cirque de bric et de broc, tenu par un petit chapelet de marginaux sans le sou. Engagé en binôme aux côté d’un comique brutal et alcoolique, Javier s'abandonne rapidement dans une spirale de violence afin de gagner les faveurs d’une acrobate manipulatrice. Articulé sous la forme d’une quête de l’amour, Balada Triste explore avec une audace rare les thèmes de l’abandon et de la folie. Un parcours initiatique qui offre à Álex de la Iglesia une passionnante construction crescendo, le métrage gagnant en intensité au fur et à mesure de la chute de ses deux protagonistes principaux.

 

 

D’une originalité débordante, Balada Triste se présente comme un électrochoc sensitif particulièrement poignant. Cruel et tourmenté, le script d’Álex de la Iglesia ne témoigne à aucun moment d’un semblant de clarté. Si le tout s’abandonne occasionnellement dans le registre de l’humour, le cinéaste répand un noir d’encre si épais qu’il en occulte immédiatement toute lumière. Balada Triste vire de ce fait dans un grand-guignol volontairement grotesque, usité avec virulence afin de renforcer l’aspect ridicule et pitoyable de ses personnages. En près d’une heure quarante, De la Iglesia s’enfonce dans les soubassements de l’âme humaine, tirant sur les émotions sans compromis ni détours. Balada Triste fait mal, intellectuellement comme visuellement. Complètement déjanté dans son développement initial, le tout dérive inlassablement vers un chaos scénaristique certes maitrisé, mais parallèlement relativement hermétique. La lutte incessante entre les deux clowns fulmine dans son dernier tiers dans un quasi n’importe-quoi qui frôle à plusieurs reprises la surenchère incompréhensible, égarement que De la Iglesia rattrape à travers un climax final Tarantinien estomaquant.

 

 

Esthétiquement, Balada Triste prolonge son étrange caractère par un jusqu’en-boutisme particulièrement alléchant. Macabre à souhait, le travail d’Álex de la Iglesia mise sur les couleurs glauques pour installer un climat de désolation totale. Emballé avec une science du cadrage particulièrement affutée, le métrage navigue visuellement en eaux troubles, témoignant à la fois de plans poétiques et immondes. L’aspect rude et viscéral du propos trouve dans la réalisation sauvage du cinéaste un habillage hallucinant de noirceur, ce dernier n’hésitant jamais à s’épancher dans la violence frontale afin de démultiplier l’impact de ses situations – la scène de sexe, à l’extrême limite du viol –. Si Balada Triste se profile en expérience brutale, De la Iglesia ne verse pourtant jamais dans la gratuité. Une justesse à l’image de sa direction d’acteurs. Bien que composé d’inconnus, le casting de Balada Triste rassemble une série de gueules cabossées, physiquement marqués par la guerre civile et le régime de Franco. Sans fausses notes, les acteurs livrent leur âme dans un métrage aux séquences parfois difficiles, à l’image d’un Carlos Areces terrifiant dans ses excès de folie. 

 

 

Métrage virtuose, Balada Triste reste néanmoins une expérience difficile. Un morceau de péloche dépravé et sombrement inspiré, probablement condamné à une reconnaissance purement underground. De la Iglesia signe pourtant ici un chef d’œuvre unique. 

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