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Critique Cop Car

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La légende raconte que si tu diriges un petit film indé avec deux bouts de ficelle et qui a plus ou moins de succès, c'est que tu as toutes les chances de te retrouver bombardé au poste de réalisateur sur l'un des mastodontes hollywoodiens, super-héroïques de préférence. Ce fut le cas par exemple de Marc Webb, qui après quelques clips et le succès de 500 jours ensemble, a été invité par Sony à venir se suicider artistiquement sur le reboot de la saga Spider-Man. Jon Watts aussi, responsable d'un Clown fort sympathique, s'est vu offrir les rennes du re-reboot de Spidey prévu pour 2017. Si son Cop Car - qui nous intéresse ici - n'expliquera pas forcément ce choix, il constitue néanmoins une très belle surprise, dernière sensation au festival de Sundance.        



 

Cop Car, c’est cette voiture de flic que deux garçons trouvent dans un coin perdu et qui, par défi, décident de s'approprier afin de faire une petite virée, en toute innocence. Parce qu’elle est juste là, parce que les clés sont dessus et parce que pourquoi pas après tout, on s’ennuie pas mal par ici. Pas vraiment l’idée du siècle quand on sait – un peu plus tard – que la voiture en question est celle du Sheriff en personne et que l’on apprend – encore bien plus tard – que ce Sheriff là n’est pas très net. D’abord, il s’agit de Kevin Bacon, ça aurait du leur mettre la puce à l’oreille, spécialement au vu de sa récente filmographie, qui privilégie volontiers les rôles de Bad Guy. Sans parler de sa moustache et de son sourire de faux cul. De plus, le coffre de la dite voiture renferme un prisonnier salement amoché, ce qui aux dernières nouvelles n’est pas conforme à la déclaration universelle des droits de l’homme et encore moins à la convention de Genève. Le temps que les deux garçons se rendent compte du pétrin dans lequel ils se sont foutus, ils se retrouveront pris entre deux feux. Littéralement.

 

 

Le pitch de Cop Car n’est pas sans rappeler l’univers des frères Coen : loi d’emmerdement maximal dans toute sa splendeur, méchants et anti-héros, éruption soudaine de violence, ambiance tragi-comique… Si la comparaison est tentante, le réalisateur Jon Watts s’en démarque très tôt par l’œil attendri qu’il porte à ses deux jeunes protagonistes. Loin du regard froid et clinique des Coen, il affiche clairement sa sympathie pour ces baroudeurs insouciants. Le film n’est pas tant le récit d’une course poursuite sanglante pour retrouver la voiture compromettant que celui de la virée de deux compères d’à peine dix ans et leur quête d’aventure, souvent au mépris du bon sens. Les événements qui se succèdent sont présentés à travers leurs yeux, gentiment naïfs et passablement hallucinés : il y a quelque chose de très touchant à suivre leur virée extraordinaire, les voir se dépatouiller comme ils peuvent pour se tirer d’affaire – avec des résultats variables – et leur flirt continu avec le danger – cette scène hallucinante où ils jouent avec un M4 chargé en se le pointant carrément dessus –. Cette empathie immédiate que crée Watts avec ses protagonistes donnera justement tout son poids au dénouement de cette virée. 

 

 

Pour autant, on n'est pas non plus chez un Spielberg : Watts n'oublie pas le business et trousse son Cop Car d'une main assurée à défaut d’être follement inventive. Faisant dans le pur minimalisme – en même temps le film a été tourné en neuf jours pour une bouchée de pain –, Watts soigne néanmoins chaque plan même avec un décor quasiment désertique. L'image est belle, la photo léchée et le réalisateur prend même le temps d'installer une tension en crescendo qui culmine  dans un dernier acte saisissant. Duel westernien au pied d'un moulin à vent, intense et bien foutu sans pour autant céder aux effets de style superflus. C'est par ce morceau de bravoure que Cop Car et son réal finissent par remporter l'adhésion. Tout ceci ne doit pas nous faire oublier la géniale prestation de Kevin Bacon en Sheriff véreux et déséquilibré : parfois drôle, parfois inquiétant, parfois carrément barré, c'est un vrai plaisir de le retrouver sur les écrans. Même en moustache.   
 

 

Même s'il ne casse pas des briques et n'évite pas toujours les écueils du label « indé-Sundance », Cop Car n'en demeure pas moins un polar authentique et sans prétentions, remarquablement bien troussé par son auteur et servi par un casting solide. Une excellente surprise. 

Auteur : ATEF

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