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Critique Edmond

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Avec King of the ants, Edmond et Stuck, Stuart Gordon semble avoir décidé de donner un nouveau tournant à sa carrière. Délaissant un moment le genre horrifique, dans lequel il s’est fait un nom grâce au désormais culte Re-Animator, et son amour pour Lovecraft (il réalisera néanmoins deux épisodes pour la série Masters of Horror ces dernières années), ce dernier privilégie un cinéma plus social et inspectant la noirceur humaine dans ses plus vils détails.  Derrière le scénario de Edmond on retrouve quelqu’un qui n’a jamais cessé d’analyser et de triturer cette nature humaine : David Mamet. Il n’est de ce fait pas étonnant de voir dans Edmond un regard aussi pessimiste sur la société actuelle. Cette collaboration entre les deux hommes offre un film qui ne laisse pas indemne, récit chaotique d’un dérapage incontrôlé.

 

 

Sur un postulat de base assez simpliste - un homme ayant une vie rangée et relativement banale plaque sa femme, tentant de trouver un sens à sa vie tout en s’aventurant des les bas-fonds de la ville - Stuart Gordon lance le récit de manière formelle. Sans chercher à décrire le quotidien de Edmond Burke avant cette prise de conscience qui marque le point de départ du film, le cinéaste laisse le spectateur encore plus perplexe sur ses agissements. L’ensemble du film se base sur une scène faisant office d’élément déclencheur : une visite chez une voyante qui, à travers les cartes qu’elles tire, établi l’ensemble du récit et les bouleversements que va connaître le personnage. Déambulant dans des rues plus sombres les unes que les autres, simplement éclairées par les lumières criardes des nightclubs, sex shops et autres commerces appartenant au monde de la nuit, Edmond se cogne à tout types d’individus, cherchant une explication à leurs moindres faits et gestes, comme une remise en question sur le rôle propre de l’être humain. Son besoin de satisfaire une envie sexuelle ne peut être obtenu que moyennant finance, son besoin d’épanouissement que par la violence. Des pulsions laissant le personnage sombrer peu à peu dans les abîmes de sa propre conscience. Si le film ne s’étale que sur un peu moins d’une heure vingt, cela n’empêche pas Stuart Gordon d’établir son métrage en trois actes, caractérisant pour chacun l’évolution du personnage et l’état de sa conscience.

 

 

Personnage Scorsesien sous bien des aspects, Edmond se rapproche évidemment du  Travis Bickle de Taxi Driver, tant au niveau de son personnage que dans sa manière d’inspecter la ville, tel un inconnu ne reconnaissant pas le monde dans lequel il vit. Le rapprochement avec le Frank Sillone de Bringing out the Dead peut aussi être évocateur car tous ces personnages semblent faire palpiter leurs démons intérieurs dans les nuits sombres et glauques des grandes villes. Edmond s’oppose néanmoins à un film comme Bringing out the Dead dans sa mise en scène, bien plus classique et dénuée d’artifices visuels. Le travail de Stuart Gordon ne cherche jamais à magnifier les actes ou les paroles d‘Edmond, sa réalisation collant à la personnalité initiale du personnage. Teintée de musique jazzy, cette dernière et ne devient plus démonstrative que quand la violence surgit à l’écran. Le personnage d’Edmond Burke provoque ainsi une certaine pitié face à sa perte totale de repère, mais aussi du dégoût dès lors qu’il fait ressurgir sa haine enfouie, déversant ses propres tourments à travers des propos racistes et homophobes symbolisant l’autodestruction dans laquelle il sombre. Ne trouvant ses réponses que dans la violence, le film évoque Falling down de Joel Schumacher où le personnage de William Foster - interprété par Michael Douglas - agissait d’une manière similaire. Néanmoins, Edmond ne cherche jamais à amplifier les réactions de son personnages et s’attarde davantage sur l’aspect dramatique. Une étude psychologique intensifiée par le fait que le point de non retour qu’atteint le personnage ne se resserre que sur une unité de temps très courte : une nuit où toute une vie se transforme en perdition totale.

 

 

Le film est porté par la prestation de William H. Macy, qui démontre ici tout son talent en évitant de faire sombrer son personnage dans le ridicule. Un véritable tour de force quand on découvre les monologues hallucinés signés David Mamet. La suite du casting n’est pas en reste avec son lot de second rôles apparaissant tel des fantômes à l’écran, qu’il s’agisse de l’apparition furtive de Denise Richards, de Mena Suvari ou encore Julia Striles dans une scène d’une tension nauséeuse.  Le film est donc un pamphlet d’une violence primale, perçue à travers le prisme d’un homme lambda cherchant des vérités qu’il ne trouvera certainement jamais. Stuart Gordon prouve une nouvelle fois que le manque de moyens peut se compenser par une audace et sincérité évidente, le cinéaste livrant un film coup de poing qui ne caresse jamais le spectateur dans le sens du poil. Quitte à en perdre quelque uns en cours de visionnage, la noirceur du métrage renvoyant en pleine face les vices d’une société noyée dans l’argent,  le mépris et la complaisance. Sans pour autant s’ériger en donneur de leçons, le film peut toutefois sembler un peu vain dans son approche, notamment lors de quelques dialogues dont la retranscription à l’écran n’est pas toujours des plus réussies, le passif théâtral dont est issu Mamet se ressentant inévitablement.

 

 

Edmond est donc une réussite de part la réunion des talents respectifs de Stuart Gordon et de David Mamet, l’association des deux hommes aboutissant sur une œuvre brute et d’une intensité aussi brève que puissamment évocatrice. Si le réalisateur quitte le genre horrifique, cela ne l’empêche pas pour autant de dépeindre ici une horreur des plus viscérales à travers cette éprouvante descente aux enfers.

Auteur : NICO

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Combien font : 84-29

Votre réponse :

Miles 02-05-2011
Super critique! ça donne envie d'aller au ciné! :)

 

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