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Critique Enemy

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Denis Villeneuve est un cinéaste discret. Actif depuis près de deux décennies, ce dernier n’aura livré qu’une maigre poignée de long-métrages, souvent acclamés en festivals - Cannes, Sundance -. Avec Prisoners, Villeneuve s’était accordé l’un de ses premiers « gros » succès, le film ayant su profiter d’une trame dense et complexe pour s’imposer comme l’un des meilleurs thrillers de l’année passée. Fort de ce succès, le réalisateur sort de ses cartons un projet nettement plus intimiste et particulier. Tourné avant Prisoners et laissé en stand-by depuis de nombreux mois, Enemy s’inscrit dans la plus pure tradition Lynchienne. Torturé à souhait, labyrinthique et hautement déstabilisant, le métrage se profile en effet comme une bizarrerie cinématographique.

 

 

Jake Gyllenhaal est une nouvelle fois de la partie. Et vient ici occuper tout l’espace. Enemy pourrait en effet représenter l’antithèse parfaite de Prisoners, qui se plaisait à développer de multiples ramifications scénaristiques et personnages sur le fil du rasoir. Denis Villeneuve adopte pour ce nouveau long une approche complètement différente, plutôt casse-gueule mais assurément captivante. Adam, un professeur d’histoire sans histoires, mène une vie paisible et parfaitement aseptisée. Ce dernier entretient une étrange relation avec Mary, une jeune fille avec qui il ne semble partager que de réguliers ébats sexuels. Lorsqu’il découvre son sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur de seconde zone, Adam prend le risque de contacter sa femme. Leurs histoires respectives vont alors progressivement s’entremêler. Adapté d’une nouvelle portugaise – O Homem Duplicado, de José Saramago, prix Nobel de Littérature –, Enemy exfolie d’emblée toute notion de facilité ou de cinéma commercial. Villeneuve ressert en effet son récit autour d’un nombre ultra-restreint de protagonistes, de plus souvent accessoires. Gyllenhaal campe de plus les deux visages centraux de l’histoire – Adam / Anthony – d’un long-métrage expérimental qui se profile comme une performance à quatre mains. Le très bon travail de l’acteur se positionne en effet en miroir de celui du cinéaste, qui construit ici une ambiance tiraillée propice à l’installation d’un climax brumeux et presque dérangeant.

 

 

Enemy pourra sembler hermétique. Distillant ses dialogues au compte-goutte, le métrage de Denis Villeneuve reste souvent contemplatif et affiche une rythmique mesurée. Le cinéaste couche sur pellicule une œuvre difficile, schizophrénique, floue. L’ensemble n’évite pas certaines longueurs, souvent induites par un usage du silence extrêmement pesant, mais parvient à créer un certain trouble jusque dans ses ultimes soubresauts. Si Villeneuve laisse en effet planer certains doutes sur la finalité de son travail, ce dernier n’apporte aucun élément de réponse explicite. Enemy prend de ce fait le risque de s’habiller d’une étiquette de film pseudo-intellectuel sans grande nouveauté – de grands cinéastes se sont déjà frottés à ces thématiques, dont David Fincher –, écueil que Villeneuve n’évite d’ailleurs que partiellement. S’il reste bien construit, maitrisé et suffocant, son métrage affiche un air de déjà-vu qui nuit indiscutablement à une conclusion qui ne s’épaule pas de la puissance attendue. Chacun est certes libre de tirer du visionnage d’Enemy ses propres conclusions, mais beaucoup dérouleront dès la moitié du film des suppositions qui convergeront probablement dans le même sens.

 

 

Habitué aux rôles difficiles, Jake Gyllenhaal livre avec Enemy une double-interprétation saisissante. Ce dernier parvient en effet à brosser deux protagonistes aux caractères radicalement opposés, ce dernier oscillant constamment entre timidité tout en finesse – Adam, le professeur – et assurance / perversité maladive – Anthony, l’acteur raté –. L’aisance de Gyllenhaal occulte de ce fait toute intervention extérieure, effet visiblement recherché par Denis Villeneuve. Le cinéaste s’affranchit de son côté d’un sans-faute technique, malgré un budget nettement moins confortable que pour Prisoners. Enemy se voit emballé dans un scope impeccable, baigné dans des teintes glauques qui assombrissent la colorimétrie au niveau de la noirceur du propos. La musique et la lenteur des plans renforcent l’aspect aliénant, voire rebutant, de la  « chose », qui pousse l’anticonformisme aussi loin que possible. Un bon point.

 

 

Enemy est une œuvre jusqu’en boutiste, résolument hors-normes, dans laquelle Villeuve et Gyllenhaal s’investissent entiers. Si l’ensemble ne fait preuve d’aucune concession, le métrage manque pourtant d’un petit quelque chose. Peut-être d’un semblant d’originalité, Lynch ayant déjà livré quelques films virtuoses sur le sujet, forcément difficile à transposer à l’écran. Enemy mérite néanmoins un visionnage attentif, ne serait-ce que pour le travail d’interprétation de Jake Gyllenhaal.

 

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