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Critique Enter the Void

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Cinéaste controversé, Gaspar Noé a toujours joué hors des sentiers battus et a su garder une totale liberté d’expression, chose pas toujours courante dans les nombreuses productions bridées et homogènes qui déferlent sur nos écrans. Baptisé à l’origine Soudain Le Vide, Enter The Void est un projet qui bouillonne depuis de nombreuses années dans la tête de ce réalisateur hors normes, bien avant Irréversible qui a joué un rôle de passerelle financière mais aussi de crédibilité, en partie socle d’expérimentations avec pour but d’accoucher de cette pellicule, œuvre résolument singulière et viscérale comme on en voit trop peu sur nos écrans. Pari réussi ou simple délire égocentrique ? Enter The Void est une grosse claque visuelle loin de la volonté de choquer  ou de provoquer mais une chose est sûre, vous n’en sortirez pas indemne.

 

 

Oscar, petit dealer vivant à Tokyo avec sa sœur, se fait descendre par la police nippone suite à un deal qui tourne mal. C’est alors qu’il entame un dernier trip avant sa mort. Bien que nanti d’une base effectivement simpliste, Enter the Void est une expérience cinématographique qui relève plus du trip visuel que de la pellicule pseudo intellectuelle visant à mettre sur la table des questions existentielles. S’appuyant sur un drame familial et humain d’un frère et d’une sœur vouant un amour inconditionnel l’un pour l’autre, fond finalement usuel, la forme utilisée par son géniteur transcende littéralement la narration. Totalement maîtrisé techniquement, Enter The Void transporte le spectateur dans un état second dont il est difficile de se défaire. Ovni expérimental habité par les obsessions propres de son créateur -la drogue, le sexe et la mort- cette pellicule est largement inspirée du Bardo Thödol, le Livre des Morts tibétain, exposant les divers états de conscience et les perceptions qu’un être humain traverse de sa mort jusqu’à sa renaissance, sorte d’instructions données à ceux qui veulent dépasser la mort, en métamorphosant son processus en un acte de libération. Influencé par des métrages tels que La Dame du Lac, où l’on suit le héros en vison subjective du début à la fin ; Au-Delà du Réel, où un scientifique découvre les psychotropes mexicains ; ou encore 2001, L’Odysée de L’Espace, sorte de métaphore du trépas et du voyage vers l’au-delà ; Enter The Void a su trouver sa propre identité en mélangeant les styles.

 

 

Dès les premières secondes, le spectateur est assailli de couleurs et d’effets stroboscopiques sur fond de musique électro qui tabasse avec un générique d’introduction psychédélique à souhait où -habituellement placé à la fin- le défilement des noms sur fond noir n’est plus une simple formalité mais intervient ici comme un premier pas fulminant dans le voyage psyché qu’est Enter The Void. Le métrage peut se voir découpé en trois segments distincts, chacun représentant une étape de plus vers la mort -ou la renaissance. La première partie nous plonge dans les dernières palpitations de la vie d’Oscar à travers l’utilisation d’une vue subjective poussée à l’extrême, le spectateur entendant les pensées du protagoniste, vivant ses moments de défonce et jusqu’à voir ses clignements de paupières. Une fois Oscar abattu, instant durant lequel un sentiment d’oppression vous prend à la gorge, vivant ses dernières secondes avec un réalisme époustouflant,  le voyage vers l’au-delà commence. C’est à partir de ce moment là que l’on contemple la vie d’Oscar en le suivant partout sans jamais voir son visage (point de vue déjà utilisé avant la scène du viol dans Irréversible), comme libéré de son enveloppe charnelle, et découvrant petit à petit les épreuves qu’il a traversées comme les instants les plus ordinaires de son existence avant que son esprit ne quitte définitivement son corps pour errer au-dessus du monde des vivants, retenu par la tristesse de sa sœur dont il s’était juré de veiller dessus même par-delà la mort. Plus le temps passe, plus la relation entre les personnages s’étoffe et plus la narration s’essouffle. Décorporation ou délire hallucinatoire, sans cesse entre réalité et illusion, le spectateur plane pendant de (très) longues minutes au dessus de la maquette d’une ville en pleine effervescence, allant et venant d’un endroit à l’autre jusqu’à s’immiscer à l’intérieur de certains personnages et durant lesquelles la caméra n’est plus et la distorsion visuelle est à son apogée.

 

 

Cette dernière partie, bien que nécessaire, est tout de même terriblement ennuyeuse. Le spectateur subit le film et n’attend qu’une seule chose, que tout cela prenne fin. Un calvaire qui se traduit par des scènes et des mouvements diablement répétitifs. Traînant en longueur en fin de parcours, Gaspar Noé perd son spectateur à force d’user de sa recette à outrance, d’autant que l’aboutissement quasi fataliste est prévisible dès la moitié du métrage, l’auditoire assiste las à l’étirement excessif d’un voyage dont il connaît déjà l’issue. On en ressort épuisé, vidé et sur les rotules. Mais n’est-ce pas cela aussi l’errance spirituelle ? Un voyage interminable sur lequel nous tentons de garder le contrôle, condamné à l’attente d’une renaissance ? Quoiqu’il en soit, Enter The Void est une expérience transcendantale qui se doit d’être vécue si vous êtes prêt à vous laisser porter par ce voyage, condition essentielle pour un visionnement optimal. Les acteurs sont quant à eux criants de vérité. Nathaniel Brown dans le rôle d’Oscar ou Cyril Roy dans le rôle d’Alex, tous deux se sont vus offert leur premier rôle et leurs interprétations authentiques en font une dimension essentielle à la réussite de cette pellicule. Mais c’est certainement Paz de la Huerta -qui a déjà une vraie expérience cinématographique à son actif- dans le rôle de Linda, la sœur d’Oscar, qui offre une des plus belles prestations. Avec Benoît Debie en tant que chef opérateur, qui a déjà travaillé avec Gaspar Noé sur Irréversible mais également sur des métrages tels que Calvaire, Vinyan ou encore Infectés, la photographie est d’une beauté époustouflante, livrant un Tokyo coloré et dépravé avec des relents de Blade Runner ou du Tokyo futuriste d’Akira. Et enfin, Thomas Bangalter (membre du duo Daft Punk) renouvelle sa collaboration après Irréversible et signe ici une bande son à la fois burnée et envoûtante sans laquelle le film aurait grandement perdu de son ampleur.

 

 

Enter The Void est probablement l’un des projets les plus ambitieux de ces dernières années, véritable œuvre hors normes, Gaspar Noé est un cinéaste qui n’a pas fini de nous surprendre. Malgré une fin de parcours interminable, c’est à travers des bandes telles que celle-ci que le cinéma trouve un nouveau souffle et ouvre des portes à ceux qui suivront.

Auteur : TIBO

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