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Critique Frankenstein

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85 ans. C'est le temps qui nous sépare de ce qui reste probablement la plus célèbre des adaptations du livre de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne. Si la créature tragique a depuis traversé les siècles au fil des adaptations cinématographiques et télévisuelles, pour le meilleur et pour le pire - Docteur Frankenstein de Paul McGuigan sort au moment de l'écriture de ces lignes -, il est toujours aussi fascinant et instructif de replonger dans cette adaptation de 1931 : elle a non seulement marqué durablement l'inconscient collectif des cinéphiles, mais a aussi façonné à bien des égards le visage du film fantastique pour les décennies à venir. 

 


 

Frankenstein, comme bon nombre de classiques cultes est surtout né d'un concours de circonstances. Si l'on sait que c'est par ce film qu'Universal initia sa célèbres parade de monstres au cinéma, on sait moins que ça a été fait dans l'urgence afin de renflouer ses caisses, mises à mal par une année 1930 particulièrement désastreuse. Or, en 1931, sort Dracula de Todd Browning avec à l'affiche un certain Bela Lugosi, qui engrange en 48 heures des recettes record, prouvant ainsi qu'il y avait un vrai public pour ce genre de films. La décision est vite prise par Carl Laemmle Jr., alors à la tête du studio à seulement 23 ans, de produire plus de films d'horreur, à commencer par la créature de Frankenstein. Un premier script est écrit par Robert Florey qui est d'abord pressenti pour la réalisation. Bela Lugosi exprime son envie d'incarner le Dr Frankenstein mais Universal le caste pour celui de la créature elle même. A son grand désespoir, il tourna deux bobines d'essais avant de quitter furieusement le projet, très insatisfait des tests maquillages et du peu de dialogues dévolu à son personnage. Il sera bientôt suivi de Florey qui ne sera même pas crédité au générique. Comme consolation, le duo Lugosi / Florey se verra offrir le film Double assassinat dans la rue Morgue. Quant à Lugosi, le hasard voudra qu'il incarne finalement le monstre mythique dans Frankenstein rencontre le loup garou en 1941. Universal, elle, poursuit son intention première, celle d'amener James Whale sur le projet. Un réalisateur anglais, issu du théâtre .

 


L'apport de Whale reste décisif à tous les points de vue et contribuera grandement au succès qu'a été celui de Frankenstein. C'est lui qui a abordé le projet en ayant en tête Boris Karloff pour le rôle de la créature. Un rôle qui lui collera à la peau pour l'éternité et pour lequel il donne ici une performance grandiose. Nous y reviendrons. Whale a aussi opéré plusieurs réécritures du scénario original, qu'il basa plus sur la pièce écrite par Peggy Webling et montée en 1927 que sur le livre de Shelley. Ainsi, il est surprenant de découvrir que dans son film Frankenstein n’est pas baron - son père, si -, ne se prénomme pas Viktor mais Henry, que le monstre est créé via la découverte de rayons inconnus et primordiaux – et non par l’électricité –, et surtout, chose que l'on oublie tout le temps, Frankenstein n’a jamais été le nom de la créature – qui ne portera jamais d’autre nom que « créature » ou «monstre de Frankenstein ». Des infidélités qui frôlent l'hérésie tant le mythe appartient au domaine public depuis la palanqué de suites et de remakes auxquels il a donné naissance. Ceci démontre bien à quel point le réalisateur s'est approprié cette histoire pour y injecter sa propre vision. Ce qui est encore plus étonnant, surtout à regarder le film de nos jours, c'est la puissance de la charge dramatique qu'insuffle Whale à son métrage. Si comme nous l'avons dit plus haut, l'histoire est archi connue, Il est probablement le seul à avoir touché le cœur même du roman : la relation complexe et passionnante entre le créateur et sa créature. Entre amour et haine, fascination et répulsion, paternité et mégalomanie... Frankenstein a autant besoin de ce monstre que le monstre en a de lui. A ce propos, le personnage du docteur est aussi fascinant que celui de la créature, interprété de façon exaltée par un Colin Clive réputé pour ses humeurs changeantes et son penchant pour l'alcool. Torturé et tragique, peut être plus que sa créature, ce sera pour lui le rôle de sa vie. Il décédera six ans plus tard des suites de ses abus de boisson.  

 

 

Frankenstein est un film quintessentiel par rapport auquel, chaque nouveau film est amené à se définir, soit en suivant son canvas, soit en s'en démarquant - un peu comme le fut Seven pour les films de serial killers -. Beaucoup d'éléments sont ainsi des codes inévitables, voire des clichés : la bête traquée, le savant mégalo ou encore l'assistant fou en la personne de Fritz. Ce dernier n'existe pas dans le livre et a été spécifiquement ajouté au film sur l'instance de Whale. Non content d'enrichir son excellent scénario, ce dernier se révèle être aussi un esthète au gout raffiné. A ce titre, il est plus que recommandé de revoir ce Frankenstein pour se rendre compte de sa beauté imagière saisissante. S'il reste étonnamment court - à peine une heure dix -, il n'en demeure pas foisonnant de plans somptueux et chargés d'intensité dramatique. Deux s'imposent évidemment à la mémoire des cinéphiles : la scène cultissime de la naissance du monstre, parodiée jusqu'à l'usure mais qui n'a rien perdu de sa puissance - spécialement dans la version non censurée où le scientifique déclare sans ambages qu'il est Dieu - et celle du final en apothéose, moulin à vent en feu illuminant une nuit noire et une foule en transe, assoiffée de vengeance. Impossible de ne pas voir dans l'esthétique du film l'ombre du Metropolis de Fritz Lang, tant par les choix personnels de Whale que par le travail remarquable apporté à la photographie d'Arthur Edeson empruntée à l'expressionnisme allemand, faisant baigner le film dans une obscurité délétère angoissante. Enfin, la beauté des décors de Charles D. Hall, tout en hauteur, écrasant ainsi la créature, confère à l'histoire une touche tragique non dénuée de symbolisme : le monstre n'aura de cesse de lever les yeux vers le haut, à la recherche d'un sens à tout ceci, à la reconnaissance et à l'aide d'une instance supérieure incarnée par le scientifique / Dieu. Quelques mots pour finir : Boris Karloff. Karloff  disait sa fierté d’avoir un rôle dont il était le prisonnier, et justement ce rôle-là lui collera à la peau pour la postérité. On a trop souvent réduit la performance de l'acteur à des gestes robotiques, à des borborygmes lâchés ici ou là et à une démarche lourde et traînante. C'est vite oublier à quel point il est difficile de faire passer autant d'émotions par la seule gestuelle comme parvient à le faire si bien ici l'acteur. Pour s'en convaincre, il suffit de revoir la scène très controversée de l'assassinat de la fillette, que l'acteur refusa d'abord de tourner, et où  l'on voit la créature passer de la menace à l'émerveillement, puis à la détresse avec une  aisance bouleversante. Grâce à lui et au maquillage mythique de Jack Pierce - crâne carré, cheveux recouverts d'une calotte, paupières en cire, mains gigantesques, boulons au cou... - la créature a vraiment pris vie. 

 

 

Classique parmi les classiques, Frankenstein est un film aussi abouti visuellement que riche en thématique, qui n'a rien perdu de sa force et de sa violence dramatique. Avec lui, James Whale ouvre le bal des monstres d'Universal avec succès et marque durablement le cinéma fantastique d'une empreinte indélébile avant de récidiver encore plus fort, cinq ans plus tard, avec le non moins sublime La Fiancée de Frankenstein.

 

Auteur : ATEF

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