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Critique L'Echine du Diable

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Après Cronos, oeuvre mettant en scène une vision originale et féérique du mythe du vampire, et Mimic, issu du premier passage du cinéaste à Hollywood qui lui a valut quelques acouphènes, le réalisateur mexicain Guillermo del Toro réalise son troisième long métrage : l'Echine du Diable. Un film sur fond de guerre franquiste, thème retrouvé dans le Labyrinthe de Pan, duquel ressort le leitmotiv des jeunes fauchés, martyrs d’une réalité cruelle qui s’impose à eux – Mimic Le Labyrinthe de Pan –. Accompagné de Guillermo Navarro (Jackie Brown, Une Nuit en Enfer) en tant que directeur de la photographie et soutenu par Pedro Almodovar (Volver, Parle avec elle) à la production,  le cinéaste se dote d’une équipe rêvée, catalyseur de la métamorphose d’un scénario en un songe mémorable et en succès de son auteur.

 

 

La pellicule débute sur une rangée de fœtus à l’échine dorsale déformée, piégés dans « l’eau des limbes », bercés par une voix-off  grave et teintée de mélancolie dont l’interrogation poétique sur la nature du fantôme et les métaphores qui y répondent annoncent le ton sombre et pourtant paisible de la bobine. S’ensuit l’entrée du jeune Carlos, orphelin abandonné par son tuteur républicain partit lutter contre le fascisme, au sein de la pension Santa Lucia dont Casares et Carmen, un couple âgé, assurent la gestion. L’histoire prend place pendant la guerre civile espagnole, et malgré la sérénité du désert enlaçant le bâtiment, il est aisé de percevoir à travers l'affrontement entre Jaime, le caïd de la bande d’enfants et Carlos fraîchement arrivé, une subtile mise en abîme. Le ton pastel de la pellicule allié à  l’impressionnant travail de photographie et de mise en scène offrent des images d’une grande qualité où les détails pullulent. L’ambiance est lourde, la peur de l’autorité est omniprésente voire étouffante, notamment celle de Jacinto, lui aussi autrefois confié au soin du couple et maintenant homme à tout faire à leur service. L’intrigue se dévoile rapidement, mais non sans une certaine originalité, là où les autres métrages (Le Cercle, Amityville) présentent le revenant en tant qu’entité maléfique, le choix est ici fait d’un être quémandant de l’aide, qui inspire plus de compassion que d’hostilité de la part du public malgré son apparence morbide,  un teint livide, et une plaie qui laisse échapper un filet de sang au dessus du front de l’enfant. Ce spectre est celui d’un ancien pensionnaire nommé Santi, disparut simultanément au largage de la bombe, qui n’aura de cesse de poursuivre Carlos, le menant vers une révélation progressive d’un drame passé.

 

 

Si l’interprétation n’est pas exceptionnelle, elle reste tout de même de bonne facture, même les plus jeunes acteurs (I.Garcés et E.Noriega) devant jouer l’inimitié puis l’amitié ne manquent pas de crédibilité. Les personnages sont extrêmement réfléchis, Guillermo del Toro ayant pour habitude de leurs rédiger une existence complète.  Chacun possède un lourd secret et ceci vaut  le bâtiment où les deniers de la résistance sont  conservés, Casares reniant ses frères d’armes lors d’une exécution qui n’est pas sans rappeler un certain Goya d’après guerre, Carmen handicapée par sa jambe de bois et son amour défendu avec Jacinto, lui-même souffrant de sa condition et du souvenir de ses parents, et bien sûr l’éthéré, âme errante en quête de vengeance, relique d’une vie prise brutalement. Alors que les foudres du conflit national se rapprochent et menacent l’orphelinat, le spectateur est témoin d’un déferlement de violence sans qu’apparaisse aucun soldat, la rage emportant Jacinto vers une cupidité aveugle qui le poussera à commettre l’irréparable avant de prendre la fuite. Offrant ainsi une scène des plus poétiques, où le couple de vieux qui n’en est plus vraiment un  se fend d’une déclaration d’amour dans un ultime adieu, promesse de proches retrouvailles aux portes d’un univers différent. Le travail de mise en scène atteint son apogée quand Casares s’affirme en gardien de son bâtiment, scrutant l’arrivée de l’ennemi par sa fenêtre fusil à la main. Ce dernier ne se fera pas attendre, Jacinto et ses compères forçant rapidement l’entrée du pensionnat afin d’y récupérer l’or de la cause républicaine. Le film prend alors un autre tournant, conséquence de la vivacité d’un scénario soigné où chaque péripétie apparaît calculée.

 

 

Le voile est enfin levé sur les événements de la mort de Santi, et sa vengeance obtenue lors d’une scène qui imprimera aussi bien les pupilles que la mémoire du spectateur. Où l’auteur du crime, lesté par l’avidité et rattrapé  par son erreur passée perd la vie, corollaire d’une fatalité nommée justice. Le tout est accompagné par une bande sonore composée majoritairement de cordes frottées qui vient ponctuellement souligner l’aspect tragique du métrage, bien qu’ordinaire elle s’avère particulièrement efficace. Enfin, les survivants rejoignent plein d’espoir un monde qui en est presque dépourvu, et la poésie ayant amorcé le métrage se fait entendre à nouveau comme s’il se répétait encore. L’Echine du Diable, de part l’excellent travail scénaristique et de mise en scène, pousse à une interprétation au sein de laquelle les esprits les plus imaginatifs verront dans la répétition de quelques éléments du film un renvoi aux vers le clôturant. Et probablement quelque chose de divin quant, à la bombe de part le son récurrent qui s’en échappe, marqueur du temps s’écoulant auquel elle est insensible, la résurrection d’un innocent le jour de sa chute et sa potentialité de mettre fin à la vie : à ce vieillard assis à sa fenêtre, agonisant sur sa chaise, acceptant ou non les êtres au sein de ses murs. Ou encore une métaphore de la lutte des opprimés, de ceux que les plus fervents fascistes appelaient « fourmis », à l’image de ces petits malmenés, contraints de passer de victimes à bourreaux.

 

 

Guillermo del Toro entre dans la cour des grands grâce à L'Echine du diable. L’ensemble du film frôlant la perfection au niveau de la réalisation, de la mise en scène et du scénario. L’Echine du diable est un doux cauchemar, dont le réveil laisse pensif, comme touché par « un sentiment suspendu dans le temps », ce « quelque chose de mort qui semble encore en vie ».

Auteur : FAB

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