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Critique La Nuit des Morts-Vivants

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Dans l’Histoire du cinéma d’Horreur, les années 60 constituent un tournant significatif, révolutionnant le genre aussi bien dans son fond que dans sa forme. Dès le début de la décennie et sous l’impulsion de Psycho d’Hitchcock et du Voyeur de Powell - tous deux sorties en 1960 -, le réalisme fit son entrée dans un genre qui jusqu’alors se contentait de monstres fantastiques et autres extraterrestres.  Le monstre devint psychopathe, un être humain dégénéré et sadique guidé par ses pulsions morbides.  Il ne fallut alors que trois ans pour que germe l’idée de rapprocher réalismes psychologique et esthétique dans la tête d’Herschell Gordon Lewis, délaissant ses nudies pour donner naissance au gore avec son Blood Feast. Mais peu marchèrent sur ses pas, et le reste de la décade retrouva le goût du fantastique monstrueux classique. Du moins jusqu’à ce qu’une bande de copains de fac de Pittsburgh, rassemblée sous la bannière de Latent Image, société de production de spots publicitaires, en décide autrement. Souhaitant réaliser un long pour le cinéma et ne trouvant grâce auprès de financiers, les comparses fondèrent Image Ten, autre société de production mais cette fois ci de cinéma, n’hésitant pas à apporter leurs propres deniers - 60 000 $ sur les 114 000 que couta le film - pour bâtir leur projet, réaliser un film d’horreur. Bien plus rentable et bien moins coûteux, le choix de ce genre réside surtout dans l’espoir qu’à défaut de tourner dans le circuit habituel, le film pourrait bénéficier du réseau des drive-in.

 

 

En s’inspirant de Matheson et de son « I am a Legend », George Romero, que la bande avait désigné pour s’occuper du scénario, de la photo, de la réalisation et du montage de leur film, écrit l’histoire de cette jeune fille, Barbara, venue avec son frère Johnny fleurir la tombe de leur père, qui, suite à leur agression par un fou au cimetière, va se réfugier seule dans une maison abandonnée non loin, où elle sera rejoint par Ben, ouvrier afro-américain, ayant lui aussi fui ces étranges malades, qui peu à peu assiègent la maison.  Alors que la jeune fille demeure dans un état de choc, Ben s’affaire à sécuriser l’endroit en barricadant fenêtres et portes. Une fois le travail inachevé, il se rend compte qu’une famille, dont la petite fille est blessée, ainsi qu’un jeune couple, s’étaient depuis tout ce temps réfugiés dans la cave. Tous doivent à présent s’organiser pour survivre. Tourné avec le matériel de Latent Image et avec des acteurs inconnus, voir des proches de l’équipe (les producteurs Russell Streiner et Karl Hardman jouant même les rôles de Johnny, le frère, et Harry, le père de famille), le film reste néanmoins d’une qualité exceptionnelle, conformément à la volonté des membres d’Image Ten, véhiculant un message politique assez fort. En axant le film sur les événements se déroulant dans la maison, plus qu’à l’extérieur, La Nuit des Morts-Vivants met en scène les tensions internes de ce groupe de survivants qui, à défaut de parvenir à s’entendre, vont courir à leur perte. Présentant différents milieux sociaux au travers de ses personnages, la jeune bourgeoisie avec Barbara et son frère, l’upper middle class avec la famille Cooper, la low middle class avec Tom et Judy et la working class avec Ben, Romero dresse un échantillon de la population américaine, tel que l’a réparti le capitalisme, avec leurs disparités d’éducation et leurs principes moraux respectifs.

 

 

A travers ce panel, seul l’ouvrier - noir mais le réalisateur a toujours réfuté l’avoir choisi pour sa couleur de peau mais pour son jeu d’acteur - semble doué de raison et d’esprit pratique concernant l’organisation de la survie, ce qui l’impose vite comme leader. Il est loin d’être à la recherche du pouvoir et à aucun moment ne fait passer son intérêt personnel avant celui du groupe, ce dernier étant principalement la survie - c’est lui qui les barricade sans l’aide de personne, qui trouve le fusil, la radio et la télé -. Jamais il ne cède à la peur et à la panique, contrairement à Barbara qui alterne mutisme et hystérie, contraste qui s’illustre avec la scène où chacun fait le récit de sa première rencontre avec les morts vivants, Ben racontant très calmement une scène atroce où il a été confronté à une quinzaine de zombies, alors que la jeune femme tient un discours incohérent sous forme de dialogue lorsqu’elle parle de la scène d’exposition du cimetière où elle a été poursuivi par un seul mort-vivant. La maîtrise de soi, le sang froid du héros font de Ben le protagoniste le plus à même de diriger le groupe. L’ouvrier, l’échelon le plus bas représenté, est la solution, il porte à lui seul tous les espoirs de réussite de la société, permettant son bon fonctionnement  et assurant sa pérennité, illustrée dans le cas présent par sa survie. A l’opposé du working class hero, Harry Cooper n’a de cesse de défendre son intérêt personnel et celui de son propre groupe dont il est le chef - sa famille -. Ne supportant pas de ne plus être le leader, il va multiplier les actes égoïstes et dangereux comme fermer la porte derrière ceux sortis pour récupérer l’essence nécessaire pour le camion - leur unique échappatoire - ou s’emparer du fusil lorsque Ben cherche à empêcher les morts vivants de rentrer par une fenêtre au lieu de l’aider. On retrouve cette opposition en mise en abyme avec les personnages de Tom, brave gars qui adhère assez rapidement au discours de Ben, et de Judy, sa petite amie, remettant tout en cause régulièrement et provoquant bêtement sa perte en dérogeant au plan initial et en suivant Tom lorsqu’il part chercher l’essence. C’est cependant la panique qui provoquera la mort du couple, le jeune homme cherchant à fuir avec le camion en feu, qui fatalement, explosera quelques mètres plus loin.

 

 

A cette critique des classes sociales,  s’ajoute celle du pouvoir des medias. Les survivants semblent en effet soulager de trouver dans un premier temps une radio, puis une télévision, dont ils suivent religieusement les instructions à la lettre. La télévision devient alors autorité suprême dans la maison, se soustrayant à Ben. Lorsque Judy remet en cause l’idée de s’enfuir de la maison, Tom lui rétorque que c’est forcément la bonne chose à faire puisque c’est ce que préconise la télé. Ironie du sort - et de Romero -, cela va précisément précipiter leur perte, le camion étant détruit la scène suivante, annihilant toute chance de fuite. Suivre à la lettre les médias, sans réflexion ni esprit critique n’est pas une solution en soi. Mais au-delà de cette critique sociale acerbe, ce qui fait la particularité de La Nuit des Morts-Vivants, et qui explique surement son succès à sa sortie (le film rapporta 5 millions de dollars) reste l’utilisation du gore. Filmé caméra à l’épaule avec une prise de son direct, La Nuit des Morts-Vivants détonne par son incroyable réalisme, renforçant l’aspect choquant des scènes gores - comme le corps en charpie à l’étage, la dévoration des cadavres de Tom et Judy ou celle des parents par leur propre fille -, ce qui marqua durablement les esprits. Loin de surenchérir comme Herschell Gordon Lewis, le réalisateur dissémine ces quelques scènes tout au long du film, privilégiant la tension de la claustration à l’étalage des conséquences, ce qui paradoxalement accentue l’horreur de la situation. Le film est également empreint du fait que Romero y créé le motif du zombie moderne, devenu une véritable norme actuellement, dont les réalisateurs et scénaristes ont bien du mal à se défaire : Morts revenus à la vie, cannibales, contagieux, lents et sans grandes forces, attirés par la chair fraiche des vivants, quasiment inoffensifs seuls, extrêmement dangereux en groupe.

 

 

En utilisant le film d’horreur comme vecteur d’un discours politique et d’un regard critique sur une société semblant nier ses maillons les plus indispensables, Romero donne au genre une dimension alors jamais exploitée, celui d’une métaphore de la lutte des classes, faisant du gore, au-delà du principe esthétique, un argument de poids étayant des idées bien plus universelles que ce que l’on pourrait croire en premier lieu.

 

Auteur : LULLABY FIREFLY

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