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Critique Le Casse

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Certains aiment le saut à l'élastique. C'est leur kif. D'autres, le parachutisme, le deltaplane, le sky surfing ou la parapente... C'est comme ça. Ils vous diront qu'ils aiment vivre dangereusement, que le rush d'adrénaline pompée plein régime par un cœur emballé, alors que la possibilité de se fracasser le faciès sur une paroi dure devient de plus en plus réelle, ça n'a pas de prix. Mais il y en a d'autres qui poussent l'extrême à l'extrême... Ceux, vraiment chtarbés du bulbe, qui n'hésitent pas à plonger tête première dans chaque nouveau film de Nicolas Cage - Rage Cage comme ils l'appellent dans ce milieu - rien que pour ressentir le frisson de chuter vers l'inconnu au risque de s'endommager sérieusement l’hypothalamus. Il est d'ailleurs de notoriété publique que des objets filmiques comme Le Chaos ou Outcast sont de la came pure premium. Des films que nous avons courageusement chroniqué ici. Parce qu'à Strange Movies, on est des oufs, nous. Ceci étant dit, il n'est pas rare que l'on se fasse flouer sur la marchandise, comme c'est le cas ici avec Le Casse, dernier film avec le copain Cage.

 

 

Bon bref, vous l'aurez compris, Le Casse constitue une excellente surprise pour les fans de Nicolas Cage mais pas que. Pour les premiers, c'est carrément du pain béni, il faut l'avouer.  Mais le film n'est pas juste un Cage moins pourrave que d'habitude, heureusement. Les novices Benjamin et Alex Brewer signent ici un joli petit thriller à l'humour bien noir et au casting assez original puisqu'on y croise en un temps relativement court - en plus du Cage et d'Elijah Wood - Jerry Lewis, Skye Ferreira et Steven Williams. Le Casse a quelque chose à raconter, même si ce n'est pas très original : la préparation d'un casse risqué par deux flics aussi losers qu'imprévisibles. Le scénar' a au moins la décence de ne pas nous refaire un Ocean's Eleven au rabais mais de suivre sa propre trajectoire, linéaire, mais pas avare en twists bien sentis. Le fait que l'enveloppe budgétaire soit bien maigre ne gâche rien au plaisir, pour une fois, et contribue même à renforcer la patine indé du métrage. 

 

 

Le Casse, comme le sujet qu'il traite, opère avec minutie. Scindé en deux parties, il prend dans un premier temps le loisir de nous présenter son tandem de losers dans leur vie de losers, à se débrouiller comme ils peuvent pour arrondir leurs fins de mois en revendant toutes sortes de matériel saisi par la police et autres menus larcins. Duo improbable dans la fiction comme dans la vie, c'est pourtant là le point fort du film : le contraste entre Elijah Wood  et Nicolas Cage. Le premier, récemment plaqué par sa femme, se morfond dans l'herbe et les prostituées en étant totalement déconnecté de la réalité morbide de son job. Le deuxième est en apparence un gros bœuf sans histoire que tout le monde prend pour un imbécile, ce qu'il est loin d'être. Forcément, voir ces deux nigauds se mettre à planifier un casse compliqué, visant de surcroît la planque d'un caïd de la drogue sous les verrous, est complètement ahurissant. Cette première partie aurait d'ailleurs pu sombrer dans la pure comédie si les frangins Brewer ne veillaient pas au dosage de leur narration en insufflant, par quelques infimes détails, un souffle anxiogène à l'action, à mesure que l'enjeu dévoile peu à peu ses tenants et aboutissants. Ainsi, il n'est pas surprenant de découvrir que le Las Vegas où se déroule la trame n'a rien à voir avec cette cité de néons et de façades étincelantes mais bien un Las Vegas délabré et sinistre. 

 

 

C'est au cours de sa deuxième partie que Le Casse se consacre entièrement à son sujet. Là aussi, pas question de faire dans la surenchère : des casses on en a vu des tonnes et le budget restreint du film ne permet pas de péter plus haut que son cul - chose dont  la DTV ne se prive pourtant pas en général -. Les réals optent pour une approche réaliste, simple et linéaire où les actions sont cohérentes et les résolutions logiques. Là encore les réalisateurs démontrent un savoir faire certain pour la mise en scène : leur casse s'étire dans un silence oppressant et une gestion du huis clos que n'aurait pas reniés Jules Dassin. L'omniprésence d'un humour grinçant et féroce place pourtant le film du côté des frères Coen. C'est d'autant plus marqué dans un dernier tiers où, évidemment, la loi de murphy opère dans toute sa splendeur. Les masques finissent pas tomber et l'on découvre que ce flic toujours pété n'est finalement pas si blasé et que son partenaire qu'on trouvait drôle et un peu étrange était en fait sérieusement barge et au bout du rouleau. Il faut le souligner, Nicolas Cage semble ici plus impliqué qu'il ne l'a été depuis des années et offre une prestation purement jouissive, toute en ambiguïté et sans en faire des caisses. Enfin un final aussi sombre qu'inattendu scelle définitivement la réussite de ce petit film et le classe dans le haut du panier des DTV produits à la chaîne.

 

 

Alex et Benjamin Brewer, dont c'est ici le deuxième film seulement, sont des réalisateurs à suivre assurément. Leur film Le Casse constitue une excellente surprise de par sa maîtrise formelle et son scénario à twists qui tient en haleine jusqu'au bout. C'est aussi le retour en grande forme d'un Nicolas Cage décidément toujours fascinant.  

 

Auteur : ATEF

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