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Film - Critique - Bande annonce
Le Livre d'Eli

Critique Le Livre d'Eli

Attention, cette critique est susceptible de dévoiler des éléments de réflexion ainsi que certaines révélations sur le message nauséabond véhiculé par les frères Hughes dans Le Livre d’Eli.


Préparé dans une relative discrétion, Le Livre d’Eli a conquis les salles obscures sans réel soutient médiatique. Probablement éclipsé par le battage soutenu engendré par le phénomène Avatar, le nouveau film des frères Hughes vient pourtant confirmer le regain d’intérêt témoigné par le septième art pour le registre post-apocalyptique, sous-section du fantastique discrète lors de la dernière décennie. Quelques mois après un Doomsday délirant ainsi que le poignant La Route, les deux géniteurs de l’impeccable From Hell livrent leur propre vision d’une humanité dévastée et plongée en plein âge noir. Si les premiers signes laissaient présager d’un indiscutable potentiel, la dernière production en date des jumeaux se profile pourtant comme un naufrage total et incompréhensible.


Le Livre d'Eli casting



Le Livre d’Eli aura tenu ses promesses jusque dans ses premières minutes. Annoncé par une bande-annonce atomique et sévèrement burnée, le métrage des Hughes Brothers se présentait comme une œuvre puissante, sombre et envoutante. Le début du film oriente d’ailleurs ce dernier dans ce sens. Nimbé par la beauté d’une pluie de cendres, le protagoniste central se fend d’une entrée remarquable, le silence induit par l’absence de dialogues pesant d’un poids de plomb pendant près de dix minutes marquantes. Parfaite retranscription de la solitude et de l’individualisme qui règne désormais sur un monde aride et cauchemardesque, l’introduction du métrage compile toutes les qualités d’un post-apocalyptique solide et soigné, les frères Hughes pouvant se targuer d’un sens de l’esthétisme parfaitement adapté au projet. Le Livre d’Eli se dessine comme un véritable tableau, les deux réalisateurs ayant pris soins de retravailler l’ensemble des plans numériquement pour dresser des paysages mêlant adroitement lumière et ténèbres. L’ensemble n’est pas sans évoquer l’indétrônable Mad Max, à la différence près que la chaleur des étendues désertiques se combine ici à un horizon grisonnant qui déteint continuellement sur la colorimétrie du métrage, débordante de teintes sombres. Le film renforce parallèlement son originalité en lorgnant à plusieurs reprises vers le western américain, les gunfights et autres combats chorégraphiés prenant soin d’être amenés par de longs plans de défiances visuelles et verbales. Si les cinéastes usent certes d’une sur-exploitation de ralentis et n’évitent pas les quelques dialogues clichés de circonstance, l’action se montre dynamique et impose au film une rythmique appréciable dès ses premiers balbutiements, évitant ainsi la relative inaccessibilité dont témoignait une œuvre comme La Route. Sans concessions quant à sa brutalité, Le Livre d’Eli impose dans ses séquences d’entrée un anti-héros détaché, passionnant de mystère et de détachement.


Le Livre d'Eli actrice



L’ambiance et le suspens s’écroulent pourtant avec les premières révélations d’envergure. Jusque là propice à envelopper le métrage dans une dimension mystique appréciable, la quête d’Eli se dresse dès lors en métaphore biblique dégoulinante de sentiments mièvres et déplacés. Les frères Hughes relèvent un audacieux défi en prenant le genre à contre-pied, ces derniers opérant le choix d’insuffler un élan de positivisme dans un registre plus propice à retranscrire les défaillances de nos sociétés. L’espoir s’intègre pourtant au propos avec une incroyable maladresse, Le Livre d’Eli dressant une parabole pro-religieuse étonnante de bêtise et de naïveté. Véritable bobine de propagande pour le bon croyant Américain, le métrage multiplie subitement les séquences risibles et surréalistes, les réalisateurs évoquant de manière sous-jacente mais continuelle la puissance du divin et de la destinée pour justifier les retournements de situation les plus improbables. Ce même destin qui voit Eli (Denzel Washington) et Carnégie (Gary Oldman) s’affronter impitoyablement pour un livre au contenu futile, la fameuse arme décrite comme redoutable n’ayant que peu de chance d’orienter l’humanité vers un quelconque renouveau. C’est pourtant autour de cette ultime espoir que s’articule cette adaptation moderne et apocalyptique de la bible, Le Livre d’Eli enquillant dans sa seconde moitié les bondieuseries avec une étonnante frénésie et laissant fulminer son message puritain dans un final navrant de ridicule.


Le Livre d'Eli equipe



Bien que les réalisateurs instaurent originellement un intéressant trouble autour de leur protagoniste principal, ce dernier cultivant une personnalité individualiste bien marquée, Le Livre d’Eli change parallèlement d’orientation et tend à installer un manichéisme maladroit au sein des rapports humains. Exception faîte d’un Carnégie heureusement plus ambiguë, l’ensemble des portraits dressés en barrage au « messie » Eli sont idiots, sales, et uniquement motivés par l’alcool, l’argent ou le sexe. Un amoncellement de clichés qui demeure pourtant anecdotique, aucun personnage n’étant véritablement développé. Ces derniers se cantonnent en effet dans des rôles de chair à canon pour l’indestructible Eli. Une résistance à l’épreuve des coups et des balles qui atteint des sommets de ridicule lorsque le twist final s’évertue à nous révéler la vraie nature du personnage. L’orientation scénaristique et la platitude du développement sont d’autant plus regrettables lorsque l’on constate la débauche de noirceur dont témoignaient les frères Hughes sur le poisseux From Hell. Définitivement fustigé par ses lignes finales en formes de psaumes rebutants, Le Livre d’Eli rend tout aussi peu justice au talent de Gary Oldman, impeccable en méchant déboulonné malgré le ridicule hallucinant de certaines situations. Tout comme dans Doomsday, Malcolm Mac Dowell se fend d’un court caméo, mais apparaît ici bien abimé par le temps là ou il parvenait à auparavant imposer un véritable charisme. Dommage.


Le Livre d'Eli acteur



Le Livre d’Eli est une énorme déception. Le message reste d’ailleurs particulièrement flou. Probablement imaginé et construit en ode à l’espoir et à la foi, l’ensemble ne tient pas la longueur et demeure à peine plus passionnant que la messe du dimanche matin. L’un des plus étranges et mauvais rejetons du registre post-apocalyptique.

Ecrit par : BENCritique vue 933 fois
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