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Critique Rubber

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Plus qu’un simple ovni, Rubber est probablement le plus gros WTF de cette année, voire de ces dernières décennies. Ayant déjà pris à revers le public avec son premier long métrage Steak – Eric et Ramzy comme duo principal annonçait une comédie potache et lourdingue – qui reçu un très mauvais accueil à sa sortie puis s’est construit malgré lui une communauté de fans avec le temps, Quentin Dupieux est un cinéaste de touche qui n’entre dans aucune case. Son cinéma est loin de faire l’unanimité et nécessite une adhésion totale de la part du spectateur si celui-ci souhaite apprécier ces produits. Avec Rubber, le réalisateur prend encore une fois des risques et propose une idée originale qui ferait normalement fuir tous les producteurs environnants, mais heureusement pour lui, certaines personnes ont pris le pari pour notre plus grand plaisir.

 

 

Pour mémoire, le socle de l’histoire réside en un pneu, en plein milieu du désert, qui dézingue tout ce qui se trouve sur son chemin. Comment ? Par télékinésie, capable de faire exploser toutes sortes de choses. Si cette idée de départ est déjà largement ancrée dans le délire le plus total, Quentin Dupieux s’aventure encore plus loin puisqu’il va mettre en scène une poignée de spectateurs regardant la scène aux jumelles, comme une vraie séance de cinéma. Ces personnes vont être contraintes à faire un effort sur elles-mêmes si elles veulent rester jusqu’au bout, pas de confort, pas de nourriture et un spectacle qui ne correspond pas à leurs standards. Une sorte de mise en abîme où l’on observe des gens qui regardent le même film que nous et qui influent sur le déroulement de la narration. On dépasse totalement l’art du simple divertissement et on assiste à quelque chose de surréaliste. De prime abord, difficile de trouver une quelconque cohésion ou une logique, mais la magie de l’univers de son géniteur fonctionne à merveille et sa maîtrise sauve Rubber de cette noyade qu’il aurait été entre les mains de la grande majorité des réalisateurs. Quentin Dupieux aime le cinéma et cela se voit. Loin de la pression des studios ou autres producteurs et des problèmes d’organisation, la pellicule est un projet express filmé en quelques jours avec peu de moyens. Mais à l’écran, la qualité ne reflète absolument pas les conditions de tournage, – presque – parfaite de bout en bout. L’une des grandes forces de Rubber est que l’on assiste au spectacle sans jamais savoir à quoi s’attendre, les codes passant à la trappe. Les recettes prémâchées, on connait ça très bien dans le cinéma de genre et il devient aujourd’hui plutôt aisé de deviner la suite des évènements ou de se retrouver face à des situations milles fois revues. Quentin Dupieux ne vous fera pas ce plaisir et saura surprendre son spectateur.

 

 

Comme expliqué dans son prologue – destiné à devenir culte –, Rubber est basé sur le « no reason », c'est-à-dire que dans la plupart des films – ou dans la vraie vie –, des évènements se produisent ou des détails existent sans aucune raison. Pourquoi E.T. est-il marron ? Pourquoi les gens ne vont jamais aux toilettes ou se laver les mains dans Massacre à la Tronçonneuse ? Pourquoi les personnages de Love Story tombent-ils amoureux l’un de l’autre ? No reason. La bande est donc un hommage à tous ces faits inexpliqués qui sont aussi là pour stimuler le processus de création, une sorte d’opposition aux personnes qui cherchent sans arrêt des explications à tout. Cependant, et comme on l’a vu bien trop souvent, se détacher totalement de la logique et s’autoriser les délires les plus loufoques n’excusent pas tout. Quentin Dupieux est bien conscient de ça et malgré l’absurdité des faits, il parvient à convaincre le spectateur en un claquement de doigt de la normalité de la situation. Il traite son sujet naturellement en évitant soigneusement de sombrer dans le ridicule, son scénario y était pourtant prédestiné. Une fois le prologue terminé, l’amorce du film s’avère légèrement rébarbative avec ce pneu qui fait exploser tout ce qui bouge de manière redondante. Il faudra patienter un tout petit peu pour permettre à Rubber de s’affirmer pleinement et libérer tous ses personnages. Les acteurs sont en effet un des points forts du film, particulièrement Stephen Spinella dans le rôle du lieutenant Chad, nous offrant dans une camionnette l’une des scènes les plus hilarantes du métrage.

 

 

Rubber est clairement là pour bousculer les attentes d’un public standardisé qui ne regarde plus vraiment les films, mais les consomme. Ce parallèle est très justement représenté par le comportement moutonnier et coutumier des spectateurs qui n’attendent que deux choses, que ça pète et qu’on leur donne à manger. Ils vont d’ailleurs se comporter comme des zombies – souvent utilisés pour critiquer la société de consommation – lorsqu’on leur lancera une dinde avant qu’ils s’y jettent dessus pour la dévorer – Romero n’est pas loin. De l’autre côté des jumelles, on retrouve ce pneu tueur qui, malgré son statut d’objet, se retrouve humanisé et fait notamment preuve de sentiments envers une jolie brune mystérieuse qu’il va rencontrer lors de son périple. Les rôles sont inversés. Côté technique, le réalisateur a tourné son film avec un appareil photo (un Canon D-5 plus précisément) et autant vous dire que la photographie et la beauté des décors sont tout simplement épatantes. A la manière d’un western routier – Duel étant l’une de ses principales influences –, les plans s’enchaînent dans la poussière, fixes et posés mais avec toujours quelque chose de pertinent à montrer. Comme un pneu ce n’est pas vraiment causant, la bande son apporte sa petite étincelle. Quentin Dupieux, c’est aussi le pseudonyme Mr. Oizo, connu pour son titre « Flat Beat » où la peluche jaune Flat Eric fait du headbanging derrière un bureau. Composée aux côtés de Gaspard Augé (du groupe Justice), la bande originale colle parfaitement à l’univers barré de Rubber. Film de génie ou délire incompris ? Rubber n’a pas son pareil mais s’ancre dans la catégorie des pellicules expérimentales qui ouvriront peut-être des portes à de nouvelles choses, loin de ce que l’on a l’habitude de voir en salles, et rien que pour ça, il mérite le détour.

 

 

Rubber est un projet totalement barré qui divisera très certainement les foules. Il nécessite de mettre de côté tous ses préjugés et ses idées préconçues sur le cinéma. Oubliez ce que vous avez l’habitude de voir. Les fans du genre en ont marre qu’on leur serve toujours les mêmes recettes inlassablement, Rubber est l’occasion de toucher quelque chose de neuf qui ose sans concession.

Auteur : TIBO

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Votre réponse :

AlbinL 17-05-2012
Très bonne analyse. Étant grand amateur de film, non professionnel, j'ai eu le même ressenti que vous. Le jeux entre le spectateur et le film en lui même est excellent. On y comprend très vite que M. Dupieux ne veux pas toucher le plus grand public possible. Sa critique est des plus pertinente. Merci Quentin Dupieux, et à très bientôt avec "Wrong"!

 

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