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Critique Shérif Jackson

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Depuis des lustres - certains diront depuis Unforgiven de Clint Eastwood -, le Western a disparu lentement mais surement des écrans de ciné, et les tentatives de renouveau se sont faites rarissimes, si l'on exclue quelques films de studio - 3:10 to Yuma, Django Unchained - et la ribambelle de pastiches outrancières passées directement à la DTV - Death in Tombstone très récemment -. Les frères Logan se proposent d'aborder le genre de façon frontale et sérieuse avec Shérif Jackson, leur deuxième long métrage, un western crépusculaire et violent qui tient bien ses promesses malgré quelques défauts.

 

 

L'une des raisons des la disparition du western est sans doute sa tendance à s'auto-citer ainsi qu'à se perdre en références et en hommages forcés à défaut d'une véritable vision personnelle de cinéaste. Eastwood, forcément, a tout dit sur le sujet avec son western réflexif cité plus haut mais aussi son héritier westernien, Kevin Costner - avis qui n'engage que l'auteur de ses lignes - avec quelques beaux essais dont son long métrage Open Range et sa série TV Hartfields & McCoys. Disons-le d'emblée, si ce Shérif Jackson surprend, ce n'est pas par son originalité mais par sa volonté de tourner le dos au passé en lorgnant plus vers un Tarantino ou des Cohen que vers un Ford ou un Hawks. Avec son histoire de vengeance saupoudrée à l'humour noir, nous sommes clairement dans un Kill Bill au Far West, mais les réalisateurs ont au moins ce premier mérite de ne pas en faire des tonnes dans le démonstratif et la référence galvaudée, la réussite du film étant avant tout le calibrage au poil entre drame et humour, action et romance.

 

 

Shérif Jackson prend son temps pour se mettre en place et introduire comme il se doit sa galerie de personnages hauts en couleurs. D'ailleurs ça démarre illico sur la présentation du Shérif Jackson en question - dont on ne connaîtra le nom et la fonction que plus tard - en la personne du trop rare Ed Harris. On le retrouve bien affairé à monologuer au bord d'une crevasse, puis taillant une bavette à son cheval. Ce ne sera pas la seule excentricité du gus, il y en aura une pleine poignée qu'il serait criminel de dévoiler, mais le fait est que ce sacré personnage contamine avec sa bonhomie toute la première partie du film  -peut-être histoire de se faire pardonner son mollasson Appaloosa ? -. Face à lui, un bad guy dans toute sa démesure en la personne de Jason Isaacs qui rajoute un rôle de plus à une liste longue comme le bras de salopards finis. Là il excelle dans les pans d'un extrémiste religieux, convaincu d'être en terre sainte et construit sa secte pour partir en croisade. Entre les deux, sans mauvais jeux de mots, la belle mais froide January Jones en ex-prostituée revancharde qui s'en ira dégommer du macho pour venger le meurtre de son mari. Les frères Miller affichent déjà leur modernise en optant pour des personnages consistants, loin des stéréotypes du genre, singuliers oui, mais jamais caricaturaux : Harris est bien loin de l'homme de loi aux couilles d'acier à la John Wayne ou à un Eastwood au choix, Jones n'a rien de la pute au grand cœur mais s'affiche comme une femme forte qui veut construire sa vie en couple au mépris des étiquettes.

 

 

La modernité de Shérif Jackson est visible partout ailleurs, que ce soit dans les moyens scientifiques par lesquels ledit shérif résout son enquête - dissection rectale, tests balistiques, profilage... - que dans les thèmes qu'il traite comme la lutte des classes, le harcèlement sexuel ou encore - fait assez inédit dans le western - l’extrémisme religieux. Les frères Miller s'offrent aussi une enveloppe confortable coté budget avec de vrais décors, de vrais costumes et un vrai directeur de la photo ce qui nous épargne ces filtres couleur de pisse qu'on nous sert souvent. Ils nous épargnent aussi les extravagances stylistiques assurant ainsi une réalisation en béton sans effets gratuits, avec un cachet classe et classique. Le film reste cependant plus intéressant dans sa mise en place que dans son dénouement, en témoigne un troisième acte, certes rondement mené, mais qui manque cruellement de cette originalité affichée dès le départ et de cette aura singulière développée jusqu'ici. La faute est en partie due à un titre français trompeur qui détourne le regard et fait grimper les attentes pour aboutir à une désillusion qui ne sera par forcément du gout de tout le monde.

 

 

A mi-chemin entre le spaghetti et le crépusculaire, Shérif Jackson se profile donc comme un solide western revanchard avec des personnages hauts en couleurs, un scénario en béton et une mise en scène élégante et assurée qui ravira les amateurs malgré une conclusion traitée par dessus la jambe.

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