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Critique Thanatomorphose

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Thanatomorphose est le premier film d'Eric Falardeau, réalisateur québécois qui s'est fait connaître par ses court-métrages, comme Purgatory ou encore Crépuscule. Ce premier long-métrage s'articule autour d'une idée, ou plutôt un concept, à savoir la décomposition progressive d'une femme, Laura. Sujet qui peut paraître étrange de prime abord, surtout à lorsqu’il s’agit de l’aborder à l'aune d'une narration classique. Mais à considérer ce concept autrement, on se rend compte qu'il s'agit d'un pur sujet cinématographique, art de l'incarnation par excellence. Le résultat final est à l'image de son idée germinale. Il pourra surprendre et déstabiliser, mais il offrira au spectateur une expérience cinématographique rare et puissante.

 

 

Avant de rentrer dans le « vif » du sujet, procédons à quelques explications liminaires sur l'auteur de Thanatomorphose. Auteur, le mot est lâché. Un terme ô combien galvaudé de nos jours qu'il va s'agir ici de contextualiser. A examiner les travaux d’Éric Falardeau, on peut facilement dégager des thématiques récurrentes, l'une se profile en particulier et est centrale ici, la notion de corps. Au cinéma le corps est seul dépositaire de la « réalité » d'un personnage. Qu'il soit malheureux ou en train de se faire poignarder par un tueur, c'est le corps qui est le support, le véhicule de ce qu'il subit. Cette problématique du corps est également au centre du mémoire en études cinématographiques d’Éric Falardeau, qui s'intitule : « Vers une exposition de la haine : gore, pornographie et fluides corporels. ». Difficile de ne pas évoquer ce travail tant la résonance avec Thanatomorphose est forte. On pourrait prendre peur à considérer cette démarche auteurisante, basée qui plus est sur un travail universitaire. Mais il est important de noter que, même si le film ne s'adresse pas à tout le monde,  le support discursif est quasiment absent du métrage, tout passe par l'image. Les rares dialogues ne sont pas là pour expliquer, c'est l'image qui fait sens.

 

 

Revenons en au film. Comme on l'a dit, on suit la décomposition progressive de Laura, de ses premiers stigmates en apparence inoffensifs au pourrissement littéral de sa chair. Par ailleurs, on ne suivra jamais cette jeune femme qu'à l'intérieur de son appartement. On a donc affaire à un huis-clos  qui ne se contente pas simplement de délimiter un certain espace, mais de le faire littéralement « vivre ». Bien qu'on puisse avoir dans un premier temps un sentiment d'hétérogénéité tant les différentes pièces sont montrées de manières diverses et variées, il s'avère que le « lieu », « l'espace », est pensé comme un Autre, une altérité quelque peu éthérée et évanescente. Cette question de l'Autre se révélera d'ailleurs toujours assez évanescente. On a l'habitude de voir, dans les films d'horreurs, l'Autre comme un monstre, un tueur, une figure malveillante clairement identifiée, ou bien comme les amis du personnage principal servant de chair à canon. Ici pas de vilain tueur, les seules personnes que l'on croisera seront des amis de Laura et son petit-ami avec qui elle entretient des rapports problématiques. Personnages qui ne seront que très peu à l'écran et qui représentent sur le plan symbolique des entités pathogènes et anxiogènes agissant comme des véhicules de frustrations pour Laura. Frustration qui trouvera écho dans le véritable Autre du film, à savoir son propre corps. Le mal-être de cette dernière, que l'on peut identifier comme une cause interne, n'aura d’existence qu'externe via le pourrissement de sa chair. On casse donc un des codes les plus utilisés dans le cinéma d'horreur, la relation interne/externe. Quand un tueur poignarde une victime, on a l'habitude de voir des inserts de la lame pénétrant le corps de la victime puis du sang sortir de cette blessure, ainsi que des gros plans de la victime exprimant sa douleur. Le couteau en tant qu’élément extérieur pénètre le corps pour faire ressortir, jaillir, un élément purement interne invisible jusque là, le sang. Par ailleurs les gros plans de la victime servent encore une fois à extérioriser un élément interne, la douleur.

 

 

Dans Thanatomorphose, cette dynamique interne/externe est donc cassée car il y a externalisation sans intervention d'une composante extérieure – le couteau dans notre exemple précédent –. Dans la mesure où le corps de Laura se désagrège, qu'il externalise des fluides, sans raisons concrètes clairement identifiées, à part son mal-être et sa frustration, le spectateur se trouvera devant une situation étrange où, en apparence, une femme se décompose sous sa seule impulsion, attendu que la cause de cette détérioration est le fruit de sa souffrance interne. Mais cela va encore plus loin car on pourrait croire que le corps n'est qu'un miroir de l'âme, et sa décomposition comme simple prolongement d'une douleur psychologique. Alors qu'il est l'Autre comme on l'a dit, le corps n'est plus pensé comme prolongement naturel mais comme excroissance problématique. Il est objectivé et devient étranger, en même temps je et autre. Cette décomposition progressive n'est donc pas à prendre sur un mode littéral, pour ne pas dire réaliste, c'est-à-dire qu'il ne faut pas s'offusquer de voir Laura dépérir et de ne pas aller voir un médecin comme n'importe qui l'aurait fait. A prendre comme point de départ quelque chose d’extrêmement allégorique, la nécrose progressive d'une femme mal dans sa peau, il est évident que le récit qui s'en suivra se fera sur un mode particulier. Tâchons de finir sur des choses plus prosaïques – pour ne pas dire moins pompeuses –. Thanatomorphose est très réussi techniquement, bien qu'on puisse imaginer son faible budget. Ses effets spéciaux et autres maquillages sont assurés par David Scherer et Rémy Couture, et c'est sans surprise qu'on peut affirmer, eu égard au talent de ces deux personnes, que les divers effets du métrage sont remarquables, que ce soit qualitativement que quantitativement. Par ailleurs la mise en scène d'Eric Falardeau embrasse son sujet avec beaucoup d'intelligence. Elle évite la surenchère par une certaine lenteur qui permet d'apprécier la composition des cadres – on peut penser par exemple à la manière dont est d'abord montrée Laura, souvent au bord du cadre symbolisant son incapacité à occuper le centre de l'image et à atteindre une certaine plénitude –. Bien évidemment cette lenteur pourra quelque peu rebuter le spectateur, qui aura tôt fait de mettre cela sur le dos de certaines velléités « auteurisantes » du réalisateur. Ce serait une erreur. Car c'est par cette mise en scène qui sait se tenir à bonne distance de son sujet qu'on évite le pathos et la gratuité des effets gores.  En outre, un gros travail sur la lumière a été effectué – lié notamment à la manière dont est filmé l'appartement –, comme un décor presque organique. Enfin on saluera la performance de l'actrice principale, Kayden Rose, qui nous offre une prestation saisissante malgré la difficulté de l'entreprise.

 

 

Vous l'aurez compris Thanatomorphose n'est pas un film facile, il pourra rebuter voire écœurer. Bien qu'on puisse produire nombres d'explications, comme l'atteste cette critique, c'est une œuvre avant tout viscérale, une expérience particulière qui vous incommodera l’appareil digestif avant de vous titiller le cortex. Citons pour finir le mémoire d'Eric Falardeau à la page 72 avec une phrase fort à propos « Si le cadre ne permet plus d’établir une limite entre soi et l’Autre (limite figurative), il ne reste alors qu’une barrière : la peau. L’enveloppe corporelle est la dernière frontière délimitant le sujet. »

Auteur : CURWEN

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