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Critique The Scribbler

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« Tourner un film indépendant qui ait de la gueule ». L’objectif affiché par John Suits avec The Scribbler est pour le moins casse-gueule. Le jeune cinéaste multiplie de plus les difficultés en adaptant à l’écran un roman graphique méconnu, sombre et articulé autour d’une structure narrative complexe. Doté d’un budget restreint, le film aura trainé en post-production, puis longuement patienté dans les tiroirs de ses producteurs. Katie Cassidy, qui tient ici le premier rôle, s’est depuis constituée une solide fan-base grâce au succès de la série Arrow. La possibilité de capitaliser sur le succès de l’actrice aura peut-être motivé les exécutifs à dévoiler le métrage. Mieux vaut tard que jamais. Car si The Scribbler est une produit bizarroïde en forme de suicide commercial, Suits livre parallèlement une œuvre sans concessions et dotée d’une réelle originalité.

 

 

The Scribbler n’est pas un film facile. Suits lorgne en effet vers la science-fiction pure et dure, et exfolie de ce fait d'éventuels repères, voire toute notion de construction scénaristique « classique ». A l’instar des naïades qui peuplent son univers, le métrage affiche des intentions troubles, complexes, parfois tordues. The Scribbler déroule son univers sous la forme d’un puzzle, l’ensemble multipliant les ramifications scénaristiques, les couches de lecture et les possibilités. L’approche est à l’image du postulat. Suki est ici une post-adolescente en proie à une grande confusion. Cette dernière abrite dans sa tête plus d’une dizaine de personnalités distinctes et souvent extrêmes. Alors que sa « maladie » semble reculer grâce à un traitement expérimental, Suki s’installe dans la tour Juniper, un complexe dont les chambres sont uniquement louées à des dégénérés mentaux. Une série de meurtres perpétrés juste après son arrivée va faire de la jeune femme le suspect n°1. Capturant son film dans un lieu quasi-unique et à l’aide d’une petite poignée d’acteurs, John Suits parvient à user d’une débordante inventivité pour conférer à son travail un climax oppressant. Le cinéaste impressionne de ce fait par sa capacité à voir grand avec peu de moyens, The Scribbler affichant un rythme parfaitement calibré, une foule de trouvailles visuelles intéressantes ainsi qu’une certaine habilité à déconstruire le schéma traditionnel du film de super-héros, genre auquel le métrage s’apparente sans pour autant en recycler les codes.

 

 

The Scribbler casse astucieusement le mythe du gentil mutant au service de son prochain. Les dons développés par certains personnages deviennent ici des handicaps qui poussent les « nouveaux humains » à se marginaliser d’une société qui rejette la différence et l’étrangeté. John Suits dévoile ses enjeux avec brio, ce dernier brossant une poignée de protagonistes cabossés, rock’n’roll, désespérés mais jamais caricaturaux. The Scribbler s’épaule de ce fait d’une dimension dramatique furieusement envoutante, aspect sensitif que le cinéaste travaille à l’extrême en construisant une relation épidermique des plus bordéliques entre deux âmes aussi belles qu’égarées. Un point de départ qui permet au métrage de dévoiler progressivement les zones d’ombres autour du passé et de l’avenir et de multiplier les rebondissements avec une certaine efficacité. Suits couple de plus cette science du rythme et du mystère à un univers nocturne résolument passionnant. Le film se déroule certes exclusivement au cœur de la tour, mais l’ensemble fait fonctionner l’imaginaire à plein régime en usant d’effets simples mais bien trouvés.

 

 

Costumes techno-punk, musique électronique dubstep assommante, technologie sous-jacente et réalisation ultra-stylisée, The Scribbler se profile comme un fantasme de geek débridé, visuellement foutraque, assurément bandant. John Suits reste certes un habitué du projet vidéo fauché, mais celui-ci fait preuve pour son film d’une impressionnante maturité en matière d’approche esthétique. L’influence Zack Snyder pourra sembler sous-jacente, mais Suits n’use jamais des ajouts numériques avec une trop grande insistance et parvient à trouver son équilibre, sa personnalité. Son métrage décape la rétine sans l’agresser, mixe habilement classicisme des mouvements et habillage flashy et presque vidéo-lusique de l’image. Carton plein également côté casting. Le métrage regorge d’atouts charmes – Katie Cassidy, Eliza Dushku, Michelle Trachtenberg – mais ne se repose pas uniquement sur la plastique de ses actrices. Ces dernières peuvent dès lors se permettre de jouer du langage corporel tout en s’attardant sur une certaine finesse dans l’interprétation. The Scribbler offre un rôle de second-couteau au trop rare Garret Dillahunt – la version 2009 de La Dernière Maison sur la Gauche –, comme toujours impeccable.

 

 

Les plus tatillons reprocheront à The Scribbler d’occasionnelles longueurs. Ces rares baisses de régime sont cependant bien peu de choses face à l’inventivité et à la fraicheur du script. John Suits livre là une parfaite démonstration de savoir-faire, son travail s’avérant hypnotique, concis et parfaitement construit. Petit budget, grands résultats. Chapeau bas.

 

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Munchowsky 09-10-2014
Je suis bien d'accord avec votre critique. J'ai eu les mêmes sentiments lorsque je l'ai visionné. Ce n'est certes pas un chef-d'oeuvre absolu mais le réalisateur a su insuffler un style bien particulier à son film, loin des effets de mise en scène copiés-collés qui submergent la production audio-visuelle actuelle ( séries Tv - films ciné ). Il y a une patte. Les comédiens sont tous très impliqués et j'ai été surpris de voir le jeu de Katie Cassidy, qui ne m'avait guère impressionné dans la série Arrow ( doux euphémisme ! ). Elle possède des qualités d'interprètation que les futurs scénaristes devraient prendre en compte. Enfin, quand je lis certaines critiques qui reprochent au metteur en scène de ne pas avoir les moyens de ces ambitions, cela m'attriste énormément. Si le budget est riquiqui ( et que l'on le sent bien ), les idées, elles, sont bien là pour donner de l'ampleur à l'histoire. Et puis, il y a l'amour pour son sujet qui transpire de ce projet et de grandes prises de risque quant à la narration. Son équipe s'est donné à fond, et ça, foi de réal de court-métrage auto-produit, ça vaut tout l'or du monde.

 

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